Ces derniers temps nous entendons beaucoup parler des pesticides/herbicides et notamment du glyphosate (le désherbant RoundUp de Monsanto) qui vient d’être autorisé à la vente 18 mois supplémentaires par la Commission Européenne,  mais les traitements ne sont pas seulement appliqués aux végétaux, ils concernent également les semences.

Si vous faites germer et cultivez vos végétaux et que vous ne savez plus où donner de la tête entre graines hybrides F1, bio, reproductibles…Nous vous expliquons en quoi sont différents les types de semences.

Les semences hybrides F

Elles sont les plus courantes dans nos supermarchés mais aussi dans les pépinières ou sur les marchés. Si le paquet de vos graines ne comporte aucune mention spéciale, il y a de fortes chances qu’il s’agisse de semences hybrides F1. Ces graines sont issues de la première génération de fécondation naturelle de deux plantes qui ont chacune une propriété intéressantes. Prenons par exemple une petite tomate au goût très sucré et marions la avec une grosse tomate peu goûteuse mais plus résistante aux maladies. La semence F1 du fruit de cette union produira de grosses tomates goûteuses et résistantes. Voilà en quoi les semences hybrides sont intéressantes, elles tiennent logiquement la promesse de rentabilité et de qualité indiquée sur leur emballage.

Ce qui est moins avantageux, c’est que les semences sont non-reproductibles. Si vous récupérez les graines de votre récolte et les replantez, la production sera très aléatoire et il y a de fortes chances que vos fruits et légumes issus de la deuxième génération de semences soient très peu qualitatifs voire inexistants. Ce phénomène s’explique par le fait que les deux plantes mères sont génétiquement appauvries car elles résultent de l’inter-fécondation de plantes homogènes issues de la même famille. En effet, pour produire une plante-mère hétérozygote contenant les mêmes gènes recherchés que ses prédécesseurs, on pratique l’autogamie. On pourrait parler d’une sorte de consanguinité même si ce terme ne s’applique pas aux végétaux. Ce n’est donc pas tant l’hybridation qui est dommageable, de tous temps les paysans on associé des plantes mères en faisant des croisements naturels pour faire naître de nouvelles variétés, le problème est que dans le cas des hybrides F1 les plantes mères ont un patrimoine génétique très pauvre qui compromet leur descendance au-delà de la production de la première génération.  Etant donné que ces semences ne sont pas reproductibles, les jardiniers particuliers ou professionnels et les agriculteurs doivent en racheter chaque année de nouvelles.

Les semences non hybrides (graines reproductibles)

Il s’agit de semences qui proviennent de végétaux dont les semences n’ont pas été produites à partir de deux plantes mères génétiquement appauvries. Elles proviennent de variétés anciennes mais également récentes. Les végétaux issus de ces semences présentent une certaine hétérogénéité (taille, formes différentes…). Bien que la rentabilité ne soit pas aussi assurée qu’avec des semences hybrides, il est possible de récupérer les semences des végétaux produits et de les planter à nouveau. Ces semences, contrairement aux hybrides F1 donneront des fruits et légumes ayant les mêmes qualités que la génération précédente. Elles permettent donc à tout un chacun de produire ses propres semences pour les utiliser à nouveau et ne pas devoir se procurer de nouvelles graines chaque année auprès des semenciers (Monsanto, Syngenta, Dupont-Pioneer, Limagrain, Bayer…).

Le problème est qu’une grande partie de ces graines reproductibles ne figurent pas dans le « catalogue officiel des espèces et variétés végétales » de l’Europe et ne sont donc pas autorisées à la vente. Il est cependant autorisé d’en cultiver pour sa production personnelle et certains organismes essaient de faire perdurer ces variétés qui tendent à disparaître en cultivant, échangeant et vendant ces graines reproductibles. (Kokopelli, Réseau Semences Paysannes…)

Les semences OGM

Dans ce cas, le patrimoine génétique des semences OGM a été modifié de façon non-naturelle.  Cette modification est le résultat de l’introduction, de la suppression , de la modification ou de la substitution d’un gène originel. On modifie les gènes des graines pour qu’elles soient plus productives, plus résistantes et plus rentables.

Les graines OGM ne sont pas toujours stériles, on pourrait donc produire soi-même ses semences et les réutiliser. Mais quiconque se mettrait à cette pratique s’exposerait à des poursuites judiciaires pour violation de brevet des semanciers.
Certaines plantes sont génétiquement modifiées pour tolérer les herbicides dont elles sont aspergées ou pour produire elles-mêmes des insecticides comme les plantes génétiquement modifiée (PGM) Bt dans lesquelles a été injecté la bactérie Bacillus thuringiensis qui secrète des insecticides.
Le souci avec les graines OGM c’est qu’elles donne naissance à des protéines elles aussi génétiquement modifiées et que de nombreuses études scientifiques ont établi une corrélation entre l’absorption d’OGM et l’augmentation de cellules cancéreuses chez l’homme. Il est dès lors logique que la mention OGM ne soit pas mise en avant sur les produits (aliments et graines) que l’on achète.
Une autre chose à savoir est que seuls les végétaux transgéniques (modifiés avec l’intervention d’un gène étranger) sont reconnus comme des OGM et sont estampillés comme tels. Tous les autres OGM échappent au champ d’application des directives européennes. Sont donc légaux et non-identifiés comme tels les OGM modifiés par mutagénèse (les gènes des plantes subissent un traitement chimique ou physique).

Les semences biologiques

La mention « biologique » signifie que le produit n’a subi aucun traitement chimique (bien que certains procédés utilisés dans le bio ne soient pas naturels). Les semences biologiques ne sont donc pas forcément reproductibles puisque la création de semences F1 ne fait intervenir aucun procédé chimique.  Il faut donc veiller à acheter des semences biologiques non-hybrides si vous souhaitez pouvoir créer vos propres semences.

Pour aller plus loin

La semence dans tous ces états

La guerre des graines